Crise Anthropic et critique de l’autorégulation des laboratoires frontier

Le 28 février 2026, TechCrunch a publié un entretien centré sur les critiques de Max Tegmark envers Anthropic. Tegmark est physicien au MIT et président du Future of Life Institute. Il affirme qu’Anthropic, OpenAI, Google DeepMind et xAI ont tous affaibli des engagements publics de sécurité. Il soutient aussi qu’aucun de ces acteurs n’a réellement soutenu une régulation contraignante comparable à celle d’autres industries. L’article cite également son jugement sur la vitesse du progrès technique. Tegmark dit que des prédictions anciennes situant les capacités linguistiques humaines loin dans le futur ont été dépassées. Il ajoute qu’un cadre récent, qu’il dit avoir coécrit avec Yoshua Bengio et Dan Hendrycks, plaçait GPT-4 à 27% de l’AGI et GPT-5 à 57%.

Ce fait compte surtout par ce qu’il dit de la gouvernance de la trajectoire AGI. Anthropic s’était construit une identité publique fortement associée à la sécurité. Voir cette entreprise accusée d’avoir abandonné un engagement central modifie le terrain du débat. La question n’est plus seulement de savoir quels risques existent. Elle devient aussi celle de savoir si les laboratoires ont des mécanismes crédibles pour se limiter eux-mêmes. Le passage sur les scores d’AGI montre en parallèle une autre tension. Certains acteurs jugent les progrès rapides et déjà mesurables. D’autres contestent encore les définitions et les métriques utilisées. Dans la chronologie AGI, l’intérêt de cet article n’est pas une nouvelle capacité. C’est la remise en cause publique du mode de gouvernance dominant des laboratoires frontier. Tegmark oppose le discours de prudence aux choix institutionnels réels. Cela alimente une fracture persistante entre promesses d’alignement et incitations de concurrence. Son invocation de scores chiffrés d’AGI montre aussi comment les débats de sécurité s’entremêlent désormais avec les débats de mesure. Plus les modèles paraissent progresser vite, plus l’argument de l’autorégulation est mis sous pression. Mais si les métriques restent contestées et les engagements révisables, sur quoi fonder une gouvernance jugée légitime ?